Torgny et sa région
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La naissance d'un village, le début d'une histoireL'histoire nous apprend que le 14 janvier 1302, Henri VII comte de Luxembourg et de la Roche, marquis d'Arlon, Pierre sire de Forges et Marie son épouse affranchissent Torgny à la loi de Beaumont. Cette nouvelle donne la possibilité aux bourgeois de Torgny d'élire pour la première fois un conseiller communal qui va gérer, avec le seigneur du lieu, la vie de la communauté. |
La « Cour Lassus », coeur historique de TorgnyIl n'est pas exclu que le coeur du village de Torgny soit, à cette époque, l'endroit appelé « Cour Lassus » qui étymologiquement veut dire « Cursus, jardin entouré de murs ». Cette bâtisse toujours en place aujourd'hui montre un décor architectural des XVe et XVIe siècles, construit sur des éléments beaucoup plus anciens. Le logis est construit sur une cave à deux travées et deux niveaux. La porte des communs à un linteau trilobé gothique (fleurs de lys) provenant de la maison seigneuriale. L'intérieur reste également un bon souvenir de ce que devait être un habitat seigneurial dans les siècles passés. |
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Le siège de Montmédy, comme une pièce de théâtre
Le territoire de Torgny constitue une enclave belge en Lorraine française. Il s'agit d'une région où des tribus, des bandes, des armées, des peuples, des civilisations se sont souvent opposés.
Au premier siècle de notre ère, les Romains avaient installé, pour surveiller et contenir les barrages, une ligne de postes fortifiée qui s'échelonnait de Trêves à Metz, suivant la lisière des forêts ardennaises et vosgiennes. L'un de ces postes bâti sur la « Romanette » dominait le vallon de Torgny et ses sources. Des vestiges d'habitat avec cimetière ont été retrouvés au lieu dit « La Petite fin ».
A propos de l'archéologie et du réseau routier romain, une note historique significative. De l'extrémité ouest de la colline dite « Hornilles » (face à la Petite fin), en 1870, plus de 8 à 10 000 personnes rangées en amphithéâtre ont assisté à la marche des opérations, lorsque les Prussiens firent le siège de Montmédy.
Jadis à cet endroit, prenait naissance une large chaussée réputée de construction romaine courant sur les hauteurs des bois communaux et se rendant à Marville. Ces voies de circulation, si elles étaient secondaires avaient une importance vitale pour les populations gallo-romaines. Si ces voies secondaires permirent l'expansion commerciale, elles jouèrent aussi un rôle stratégique de sécurité.
Origines mérovingiennes
Les historiens assurent que c'est vers le VIe siècle que les Mérovingiens s'installèrent à Torgny. Les traces du cimetière dit « mérovingien » d'une importance certaine relevées aux lieux dits « Douaire » et « Le Poirier des sept queues » permirent de faire des fouilles à fleur de terre, en 1925, par la famille de François Gérard qui fut le premier propriétaire non noble de la « Cour Lassus ». D'autres fouilles furent réalisées en 1926, 1928 et 1938. Durant la période allant de 1978 à 1986, ave ces équipes de fouilles constituées d'étudiants en archéologie de l'Université de Louvain-la-Neuve, la nécropole révéla bien des secrets. Plus de 400 tombes furent mises au jour. D'intéressantes pièces ont été exhumées dont la plupart se trouvant exposées aujourd'hui dans les salles du Musée gaumais, à Virton.
PaysagesVillage le plus méridional de Belgique, Torgny est une section communale de Rouvroy. C'est aussi un des plus beaux villages de Wallonie, label envié et mérité qui fut attribué il y a une dizaine d'années. Torgny est tout proche de Velosnes, village français, et seulement distant de 11 km de Virton. |
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Un ermitage et une ermiteC'est à partir de la sortie sud-est de Velosnes en France et le long du chemin qui gravit le versant opposé de Torgny que l'organisation spatiale du village se distingue le mieux. Quelles tuiles !Une des caractéristiques du village de Torgny, qui contribue à son aspect typiquement méridional, voire provençal, est la couverture de nombreuses habitations, anciennes et modernes. Les toitures sont faites en tuiles qui donnent à Torgny une coiffe particulièrement chaleureuse, de par la forme et surtout par les couleurs intégrées dans le décor général. Particularité de LorraineLa présence en pays gaumais de cette tuile dite romaine, ronde et plus souvent creuse ou canal, issue de l'antiquité, est bien connue. Mais elle intrigue, encore et encore. Un examen de son aire de dispersion permet de tenter un complément d'explication. |
Un long couloir Lotharingie-Provence
L'îlot lorrain de tuiles rondes est communément et à juste titre évoqué en référence aux couvertures du midi de la France et des pays de langue d'oc au sud-ouest. Grosso modo, la liaison à partir des vallées du Rhône et de la Saône pour rejoindre celles de la Meuse et de l'Escaut correspond au long couloir que constituait au 11e siècle la Lotharingie plus anciennement liée à la Provence.
La tuile déborde d'ailleurs de la Lotharingie pour couvrir avec la Picardie, les Flandres et même en recevoir le nom. Dans le territoire ainsi délimité, deux zones blanches apparaissent : le plateau de Langres entre le Midi et la Lorraine d'une part, le plateau ardennais et la Lorraine et la Meuse moyenne d'autre part. En pays d'altitude, la tuile cède le pas à des matériaux plus pauvres ou plus rudes, comme le chaume, la pierre ou l'ardoise.
Il est intéressant de remarquer qu'à l'intérieur de la Lotharingie, le territoire gaumais concerné se localise dans les doyennés wallons de l'archidiocèse de Trêves, ceux d'Ivoy-Carignan dans sa partie sud, de Juvigny et de Longuyon, immédiatement au nord du diocèse de Verdun. Il y a bien des correspondances entre le parler roman et la tuile ronde, comme il y en a entre sa présence et le relief du sol.
Dans les trente dernières années du 18e siècle, à la faveur du calme régnant, beaucoup de bâtisses se sont agrandies ou reconstruites ou de nouvelles créées dans le périmètre traditionnel. Les interventions paraissent s'être faites en utilisant exclusivement la tuile creuse pour les couvertures. De même au début du 19e siècle. Dans celui-ci, une période d'intense activité s'affirme par des millésimes datant de 1828 à 1857.
(Source : « La Lorraine, Village / Paysage », Editions Pierre Mardaga, Liège, 1983)
Textes : Jean-Pierre Monhonval










