Peter De Cock « donne ses tripes » pour la brebis laitière belge

Peter De Cock est arrivé à Acremont en 1999 avec 25 brebis laitières belges. Une race ancestrale pleine de qualités mais qui a presque disparu. Plus de 250 bêtes composent aujourd’hui son troupeau et ses produits sont cuisinés par les plus grands chefs, comme Clément Petitjean. Rencontre avec un passionné qui « donne ses tripes » pour son métier.

Pouvez-vous nous parler de l’histoire de la bergerie ?

J’ai commencé en 1999 avec l’ambition de sauver une race spécifique : les brebis laitières belges. J’ai commencé seul avec 25 brebis, puis ma femme m’a rejoint. Aujourd’hui, plus de 250 brebis composent le troupeau, ce qui représente une partie importante du nombre total de brebis laitières belges dans le monde : il n’en reste que 1400 !

Qu’est-ce que ces brebis ont de particulier ?

Déjà, c’est une race belge qui a plus de 1200 ans. Avant, on l’appelait « le mouton à queue de rat ». Sa laine avait la particularité intéressante de ne pas gratter. Quant à sa viande et son lait, ils ont une saveur unique. Au niveau morphologique aussi, ces bêtes ont des traits particuliers : ils sont très hauts sur pattes, avec une tête très longue.

Avez-vous suivi une formation particulière pour faire ce métier ?

J’ai été formé à l’agronomie avant de suivre une formation de maître-fromager près de Lausanne. Je suis le seul maître-fromager de Belgique. Malheureusement, la Belgique n’a pas beaucoup de reconnaissance pour ses artisans, et ce titre n’est pas reconnu… J’accorde un soin tout particulier à mes bêtes, en leur donnant une alimentation sans ensilage. Je n’utilise pas de maïs, pas de soja. Mes brebis ne mangent que de l’herbe, du foin, de l’épeautre, de l’orge ou du lin, une céréale utilisée pour le nourrissage des troupeaux depuis les Nerviens.

Vous produisez, à la ferme, toute une gamme de produits. Pouvez-vous nous en parler un peu ?

Nous fabriquons plusieurs fromages dont le Bleu des Scailtons, affiné dans les anciennes ardoisières de la Morépire à Bertrix et l’Œillet du Château, qui vieillit dans le sous-sol du château de Bouillon. Mais nous faisons aussi un délicieux yaourt, de la glace, des colis de viande, etc. Ces produits sont écoulés à la ferme et dans les marchés, mais aussi via les plateformes Réseau Solidairement et Topino.

En dehors des produits, vous faites aussi à manger ?

Oui, nous faisons des raclettes et fondues avec nos fromages. Et nous prenons le soin de servir nous-mêmes les personnes que nous recevons. Malheureusement, ce ne sont pas majoritairement des Belges qui se pressent chez nous…

On a l’impression que de plus en plus de gens veulent retrouver des produits authentiques. Le ressentez-vous ?

On en parle beaucoup, mais je peux vous dire que cela fait 20 ans que je donne mes tripes pour ça sans voir beaucoup de résultats. C’est dingue : j’ai gagné des prix, je fournis la Cour de Belgique depuis 2012, j’ai même organisé un repas pour 600 invités à la Fête du Roi… Mais, encore une fois, je ne vois pas beaucoup de Belges rentrer dans ma bergerie. Nous ne sommes malheureusement pas très conscients et fiers de notre patrimoine. Et puis la majorité des Belges ne sont pas encore prêts à dépenser un peu plus dans la nourriture pour savoir enfin d’où elle vient et prendre conscience de l’énergie que ça coûte à un artisan de la produire. J’ai pourtant 7000 visiteurs par an à la bergerie. Mais la plupart viennent de l’étranger. Ceux-ci sont bien plus réceptifs à la qualité de notre patrimoine que nous-mêmes. C’est moche. J’ai l’impression que les Belges préfèrent aller à Pairi Daiza voir des pandas qui n’ont aucun intérêt pour nous que de venir voir des animaux qui font partie de leur patrimoine menacé.

Qu’est-ce que vous pensez des récents scandales de maltraitance dans les abattoirs ?

C’est une autre conséquence de l’industrialisation et de la stupidité de certaines personnes. C’est parce qu’on préfère acheter de la viande à 5 euros le kilo que les abattoirs ne peuvent pas investir dans suffisamment de personnel qualifié pour abattre les bêtes de manière acceptable. Moi, je fais abattre mes brebis dans un petit abattoir à Gedinne, en province de Namur. Il y a trois personnes pour s’occuper d’un seul animal. Je peux vous dire que c’est autre chose…

Plus d'informations 

La bergerie d’Acremont, rue de Bernifa 17, 6880 Bertrix

 http://www.bergerie-acremont.be

  • Ouvert le samedi après-midi et le jeudi soir 
  • Retrouvez Peter et son équipe sur différents marchés en Wallonie et à Bruxelles (toutes les infos sur le site)   
  • Pour manger à la bergerie ou pour toute autre information, contactez Peter De Cock ou son épouse Barbara au 061/535435 ou par mail à info@bergerie-acremont.be

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